• L'ODEUR D'INDE

    Lorsque j'ai demandé à Irène de me rapporter, pour ma collection volatile, des odeurs de son voyage, c'est un récit, sensible et sincère, qu'elle m'a confié...je le partage donc avec vous et vous invite à le lire.

    Je m'apercevais alors que le plus beau des cadeaux est ce que l'on vit...

    pour l'ami piero, l'odeur de l'Inde, un voyage olfactif par Irène

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    D'Inde tu m'as demandé de te ramener d'anciennes fragrances. Je préfère te parler de l'odeur d'aujourd'hui: de l'Inde de 2008, de l'Inde puissance économique rivalisant avec la Chine, de l'Inde surpeuplée, de l'Inde dont le poids des hommes parvient à évincer l'extrordinaire nature (j'ai séjourné en Inde du Sud, en climat tropical). Je préfère te parler de l'odeur de tous les jours: qui a accompagné ma petite tranche de vie indienne (j'ai partagé le quotidien d'une famille indienne dans le cadre d'un volontariat, j'ai vécu dans un foyer de 14 enfants).

    Dès 6h du matin, les femmes travaillent en cuisine: elles préparent le petit déjeuner. Le petit déjeuner est un vrai repas et il est biensûr épicé! Dans le sud de l'Inde on utilise beaucoup le Garam Masala: canelle, clous de girofle, laurier, anis étoilée, cardamome pour ce qui est de la composition. On cuisine aussi beaucoup de condiments odorants: l'ail, le gingembre. Et il y a aussi l'odeur du piment: des piments frais, des dizaines de variétés différentes, qui rendent la cuisine chaude et laissent trainer une odeur pesante. Tôt le matin, tout cela réveiller les sens! Parmi les odeurs de cuisson, celle du riz est aussi toujours présente, c'est l'aliment de base du Tamil Nadu: il y a le riz cuit à l'eau, les galettes de riz cuites à l'étouffée, les crèpes de farine de riz cuites dans l'huile, toute une gamme de parfums.

    Je commence ma journée avec une session du yoga avec les filles du foyer, les plus petites sentent le pipi: ici tout le monde dort avec les vêtements portés la veille et les enfants dès 4 ou 5 ans se lavent et nettoient leurs vêtements (à la main) eux-même.

    Les filles font leur toilette et se coiffent: avant de brosser et tresser leurs cheveux elles les enduisent d'huile de noix de coco. Je les appelle mes petits gâteaux, elles sont à croquer! Les enfants sont prêts pour l'école, ils sentent bon: un mélange de savon, de "powder" (du talc qu'ils mettent sur le visage) et de coco. En début de semaine, la mère du foyer fait le marché et achète des guirlandes de jasmin qu'elle coupe et accroche dans les cheveux des filles. Il existe plein d'espèces de fleurs tressées: toutes dégagent une odeur très forte, les femmes en accrochent à leurs cheveux et laissent dans leur sillage un parfum profond.

    Nous prenons ensuite le petit déjeuner, je mange avec ma main droite: même après m'être lavé les mains, l'odeur de la nourriture épicée reste sur ma peau. La main gauche sert à se laver après avoir fait ses besoins. L'odeur de la merde est très présente aussi: la chaleur, les lattrines, les égoûts en plein air, les chiottes publiques également en plein air...

    Tous les matins je pars bosser (je fais des peintures murales dans des jardins d'enfants) à vélo et je croise l'odeur infecte des feux de poubelles sur le bord des routes: des employés municipaux brûlent une partie des montagnes de déchets majoritairement composés de plastiques. On utilise en Inde le plastique en quantité et il n'y a pas de système de ramassage et de traitement des ordures. Ici, comme en France, les biscuits sont emballés dans 3 ou 4 épaisseurs de matières plastiques différentes. Il y a des monceaux de plastique partout, du bord des routes au fin fond des campagnes. Il y a aussi partout l'odeur du caniveau: ici, comme je l'écrivais, pas d'égoûts, un réseau de rigoles encercle les habitations, charie tous les déchets domestiques et se déverse généralement dans le ruisseau du coin. L'odeur est fétide, ça sent l'eau croupie et la putréfaction. Cette odeur me dérange bien moins que celle des nombreux véhicules que je croise en chemin: vieux bus et motos aux moteurs traffiqués dégagent des nuages de fumée noire épaisse et nauséabonde.

    Heureusement quand je rentre pour déjeuner, un royaume d'odeur alléchantes s'ouvre à moi dès le seuil de la maison. Les femmes ont passé la matinée à cuisiner: la cuisine végétarienne du sud de l'Inde est un régal. Elle est très variée: une profusion de légumes, légumineuses, fruits pousse ici et à cette grande diversité répond celle des préparations. Cette cuisine est toujours très minutieuse et soignée: on découpe, cuit ou précuit, pile, malaxe, une explosion de saveurs, de textures, de sensations pour le palais. Je contemple mon assiette: plein de petites touches de mets différents. Un délice qui se termine par la dégustation d'un fruit! L'odeur d'une mangue ou d'une goyave bien mûres est presqu'aussi délectable que d'en manger le fruit. Les indiens sont très gourmands, une place cruciale est accordée à la nourriture: vitale  biensûr (on l'oublierai presque dans nos pays de profusion), source de plaisir et de satisfaction, démonstrative de la prospérité et de la générosité du foyer, terriblement hospitalière (bonne comme ceux qui m'on reçu).

    Il y a aussi le tchaï que je bois l'après-midi avec les enfants à l'heure du goûter: la douce odeur du lait chaud et sucré mélangée à celle tonique de la cardamome. Les enfants font ensuite leur devoir: odeur de craie poussiéreuse et de stylo-bille coulant.

    La prière avant le repas: les fleurs déposées le matin sur l'autel se fânent et dégagent un parfum de fin des temps, l'encens libère de lourdes volutes odorantes de fumée, pour les gestes rituels on utilise la poudre d'encens, la pâte de santal, le camphre - odeur ancestrale des temples hindous.

    Du lever au coucher, mon corps respire les odeurs de ce lieu, j'y dépose aussi la mienne: l'odeur de ma transpiration, de mon urine et de ma merde, de mon haleine. En Inde ça sent la vie et la mort, et on sent très fort la sienne. Les indiens vivent dans un monde très odorant et font peu de cas des odeurs: on peut péter pendant le repas par exemple. Une unique fois j'ai vu tous les membres de la famille être épouvantés par une odeur: tout le monde s'était couvert le nez et la bouche d'un tissu: c'est un rat qui était mort dans le garde manger. L'odeur de la mort n'était pas la plus dégoûtante que j'ai senti en Inde, mais la plus effrayante certainement.

    Les odeurs c'est aussi un monde de culture et à l'heure d'aujourd'hui c'est la société de consommation qui donne le ton. Les indiens aiment les cosmétiques d'importation. Une personne aisée recouvre ainsi son odeur corporelle de déodorants, parfum et aftershave, crèmes et gels. La télévision déverse des flots de publicité pour Garnier et consorts en matière de produits de beauté, pour Nestlé, Pepsi et consorts en matière d'alimentation. Les sirènes de la consommation et son parfum diabolique séduisent. L'Inde s'enrichit, une classe moyenne de millions d'individus émerge. Pour notre petite planète en tout cas, ça sent le caca!

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    Pour partager mon séjour indien : impressions, images, recontres, pensées... visitez mon blog: http://www.idsign.fr/blog

     


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